Passe ton bac d'abord !
Je viens de lire sur Mashable que Gartner mettait en garde les entreprises qui souhaitaient s’implanter sur Second Life. Je vais éviter de commenter un papier que je n’ai pas lu (je ne suis pas abonné à Gartner, et pour cause) et en profiter pour revenir sur une question qu’on m’a posée plusieurs fois : est-ce que ça vaut le coup pour une entreprise d’aller sur SL ?
La réponse à cette question est la même que celle qu’on pourrait faire à un gamin qui nous demande « à quoi ça sert d’aller à l’école ? ». Non, je ne parle pas d’un coup de pied au derrière, mais d’un apprentissage, parfois douloureux, et pourtant crucial pour comprendre l’environnement dans lequel on va évoluer, pour être efficace, pour proposer et ne pas subir dans sa bêtise crasse.
C’est vrai, SL, c’est moche, c’est pas facile d’utilisation, c’est pas aussi peuplé qu’on pourrait le croire et c’est insupportablement à la mode (et beaucoup d’entreprises y font tout et n’importe quoi). Mais c’est aussi un superbe terrain d’expérimentation où on peut quasiment tout faire, un labo aseptisé grâce auquel les entreprises vont pouvoir faire des découvertes clefs à appliquer dans des optiques plus commerciales. À l’image des constructeurs auto qui se lancent dans la F1 et qui en tirent les bénéfices grâce à l’enrichissement de leurs connaissances techniques, les firmes vont apprendre comment interagir efficacement avec l’internaute dans un environnement web « immersif », développer une technique pour mesurer et optimiser le ROI d’une action de communication sur ce type de site, développer des techniques de design produit auxquelles contribueront les consommateurs finaux, etc. Et ces connaissances ne seront probablement pas monétisées sur SL, mais plutôt sur des sites plus mass market et, surtout, qui n’appartiennent pas à Linden Lab.
Un des éléments importants d’un monde virtuel tel que SL reste, pour moi, la communication par le geste (je n’ose dire pluri-sensoriel) : la transmission d’information ne se fait plus uniquement par du texte mais par des mouvements (je danse ou je saute de joie), des échanges (j’offre un objet virtuel à quelqu’un), des présences (je participe à une manifestation) etc. qui se chargent de sens à travers le contexte de leur réalisation. Exactement comme lorsque j’offre des roses à ma petite amie, geste qui veut dire plus que « tu n’auras pas à payer ces végétaux rouges arrivés à fleuraison » et qui donc est facturé plus cher par le fleuriste, le geste virtuel permet de communiquer avec d’autres internautes. Et ceux qui vont sur Facebook comprennent bien l’intérêt d’offrir un cadeau virtuel (en série limitée) à $2 à leurs amis.
Pareillement, MTV a bien appris les leçons tirées sur SL et lancent désormais régulièrement des mondes virtuels appauvris, certes, mais en phase avec son audience. Et les déclarations des responsables lors des différentes conférences sont sans ambiguïtés : ils sont résolument dans une optique d’apprentissage pour être prêt lorsque que ça démarrera vraiment (voire, pour orienter les choses et ne pas subir).
Alors « oui mon grand, il faut que tu ailles à l’école sinon tous tes petits copains se moqueront de toi parce que tu sais pas lire et après tu auras un boulot tout moisi » : les entreprises ont intérêt à aller sur SL pour apprendre à manier ce nouveau media. Cela suppose donc de définir clairement ses objectifs d’apprentissage, les questions auxquelles on souhaite apporter une réponse et comment on compte s’y prendre. Et ça n’empêche pas de s’inspirer des expériences (et parfois des erreurs) de ses petits camarades, sans copier bêtement bien sûr !