Merci messieurs les artistes
Ce matin, mon collègue AdB arrive au bureau l'air réjoui et me lance "Tiens, tu connais toi Richard Florida". Comme je n'aime pas perdre la face, j'ai répondu "oui, bien entendu" mais j'ai rajouté rapidement un "pourquoi ?", mère Curiosité ayant été réveillée par cette interpellation matinale.
Et là, AdB de me sortir le dernier numéro de Newzy, avec dans sa rubrique Théorie, un article sur la Creative Class et son application dans la ville de Montreal. En gros, et comme vous le lirez dans l'article, la création de richesse trouve avant tout son origine dans l'innovation, qui elle-même n'est rendue possible que grâce à une forte créativité des entreprises. Et pour favoriser cette dernière, le meilleur terreau reste, pour Florida, la richesse et la mixité culturelle. Ainsi, Montreal peut s'enorgueillir d'un métissage et d'une surenchère artistique et éthnique, qui s'accompagnent d'une pléthore d'entreprises hautement innovantes.
Je ne vais pas paraphraser l'article, vous et moi avons sans doute mieux à faire.
Travaillant dans une entreprise spécialisée dans l'innovation, je ne peux qu'être d'accord avec cette vision de la chose. Combien de fois mes collègues et moi avons-nous puisé notre inspiration lors d'une sortie culturelle, d'une discussion artistique ou d'une balade dans le proche Marais. Plus simple et moins chère qu'un atelier de créativité, l'ouverture culturelle est un véritable gazpacho originel de l'innovation. Jargonnons un peu et osons dire que, dans un processus de stage-gate, elle favorise la fuzzy front-end. En d'autres termes, un tissu culturel riche et vivant permet de faire émerger des idées, qui seront ensuite évaluées, sélectionnées, améliorées avant d'être réalisées et aboutir à une innovation sur le marché. Et c'est là que ça se corse.
Car si on a besoin d'artistes dans la toute première phase de ce processus d'innovation, il nous faudra ensuite des juges (sélection), des mécènes (financement des idées osées), des techniciens (réalisation) et des guerriers (faire aboutir le projet envers et contre tous). Les analystes, les venture capitalists, les ingénieurs et les entrepreneurs prennent donc le relais des créatifs. Et bien souvent, le partage de la valeur (cad la captation des profits) se fait au profit des acteurs des phases avales.
On pourrait sourire cyniquement et dire que, de toutes façons, s'il ne finit pas incompris et dans le denuement le plus complet, un artiste n'en est pas vraiment un. Mais même ainsi, il nous faut reconnaître une obligation de redistribution financière en faveur des activités culturelles et artistiques. Car sans ces retombées, plus d'humus créatif, plus de nouvelles pousses innovantes. Entrepreneurs à succès, grandes entreprises innovantes, inscrivez le mécenat dans votre stratégie à long terme.
De façon assez intéressante, Paris, décriée comme un pôle culturel européen plus qu'un centre économique, affirme de plus en plus sa place dans l'industrie web (web 2.0 French Touch ?). Et que dire de Barcelone, où se côtoient le CCCB et le 3GSM ?
Et Berlin ? Est-ce que la ville, que dis-je, l'intellect de l'Europe, va émerger en tant que pôle des industries innovantes ? Ou sa créativité ne servira-t-elle qu'à alimenter les financiers de Francfort et autres industriels munichois ?
Vincent ! Une étude économétrique ! Vite !