Guerre froide ou gorges chaudes : le cas James Bond
La période entre Noël et le nouvel An est bénie. En effet, la fatigue accumulée durant les presque 365 jours nous sert de prétexte à tous les excès ou, au contraire, toutes les flemmes. En ce qui me concerne, je la mets à profit pour regarder les films que je me refuse à visionner en temps normal. En général, il s’agit de navets à gros budget, sans aucun cannibale, donc sans aucun intérêt. Pour les dénicher, il suffit d’allumer la télé, et particulièrement TF1. Ce soir-là, on donnait Le Monde ne suffit pas de Michael Apted. Chose rare, j’ai baillé devant un James Bond. Et pour cause : les héros sont fatigués, les espions ont pris du ventre et les guerres nucléaires ressemblent à des querelles de couple.
On sait que James Bond est une icône de la virilité. Malgré l’expansion des crèmes de beauté pour hommes, 007 a quelques rides. Cela tient en partie à Pierce Brosnan qui, avec ses pattes d’oies et ses tempes grisonnantes, est un peu à l’espion ce que Humphrey Bogart était au gangster : le coup de vieux. En effet, depuis la chute du Mur de Berlin, le phallus vacille. Plus de Guerre froide, donc plus de combattants ; le communiste n’a plus le couteau entre les dents et il faut bien trouver un adversaire à sa taille. Cette disparition d’Ivan le viril a pour conséquence l’apparition, ou plutôt la revalorisation de la femme en tant qu’alter ego chez James Bond. Dans le monde de l’espion, le sexe faible n’est plus simplement livré aux appétits de l’agent secret. Le supérieur de James, M, prend des allures autoritaires de mère supérieure. Quant aux ennemis de notre héros, leur opposition est moins idéologique que chromosomique. Alors que le premier terroriste en ligne de mire est Renard, un banal anarchiste venu de l’Est (Robert Carlyle), le véritable génie du mal se révèle être la femme que James était censé protéger. Sophie Marceau, qui joue Electra, a la rancune aussi tenace que la fille d’Agamemnon, mais plutôt que de venger son père, elle le tue pour reprendre la richesse de sa mère ; belle comme Hélène de Troie, elle séduit son ravisseur pour perpétuer les pires forfaits et la Guerre froide se transforme en guerre des sexes.
Si James Bond veut triompher, il faudra tuer la femme qui l’a possédé et rabattre le caquet, c'est-à-dire séduire, le stéréotype de l’aventurière indépendante, docteur en physique nucléaire, parodie avouée de Lara Croft (Denise Richards) qui « ne s’intéresse pas aux hommes ». Autrement dit, celui qui l’emporte est celui qui porte la culotte. Si la pétrolière hautaine est facilement dressée dès qu’elle subit ses premières scènes d’action, Sophie Marceau qui joue de sa féminité, ici résumée à la perfidie et à la sensualité dénuée de sentiments, représente un danger sérieux : elle peut prendre la place de l’homme. Manipulant toute la bande de Renard, Electra sauve Bond dès le début du film et infiltre le MI6 qui n’avait pas su la délivrer quelques années plus tôt. Elle prend le contre-espionnage et James Bond à leur propre jeu couchant avec ce dernier comme il avait couché avec tant d’autres durant les films précédents. Tout est affaire de pénétration dans les films d’espionnage. La mort de Renard est à ce titre assez explicite. A l’intérieur d’un sous-marin, reliquat de la virile armée soviétique, le terroriste dont le cerveau endommagé prive de toute sensualité, tente de faire exploser des barres de plutonium. Les derniers plans de sa lutte avec Bond le montrent en train d’enfoncer l’un de ces substituts phalliques dans un orifice qui pourrait faire exploser la Méditerranée, la mer intérieure. Dieu merci, Bond redresse la barre, transperce vigoureusement Renard le castré sauvant ainsi une mère plus respectable, M, et une femme plus docile, Denise Richards. Tout revient dans l’ordre, le monde libre est sauvé et le film se clôt sur l’image de James se tapant celle qui faisait la forte tête. La soirée se termine ; je suis soulagé ; mes principes sont saufs : bien que moins poilu, Brosnan défend aussi bien la virilité que Sean Connery.
Comments
Râaaahhhh cette analyse est tellement fine, les mots sont tellement justes!...tu mérites de un cochage de "favori" + un "C'est top" même (aprés tout noël c'était il n'y à pas si longtemps.).
Tout ceci rejoins plus ou moins mes propres constatations su ma page blog consacré au nouveau Bond!.
Nos valeurs commune sont donc bien défendu! ouf, je peux mourir tranquile, je ne suis pas seul.
A quand l'anal:yse de Casino Royale!?? :)
MH
Et.. eh oh copieurs, encore un blog multiple! :p
MH