C'est la reprise...
Cela faisait quelques temps que je n’avais pas bloggué. Plus par faute de temps que par manque d’idées. Mais ne comptez pas sur moi pour me flageller ! Je vous ferai juste remarquer que mon frère non plus n’a pas fichu grand-chose (alors que lui, c’est son métier d’écrire !). Cependant, je vais essayer de me rattraper un peu et produire quelques billets, plus courts.
Il y a quelques jours, Adrien, un de nos brillants stagiaires, s’étonnait « c’est étrange, en analysant Meetic, je ne vois aucune externalité de réseau ». Et c’est vrai (cf. schéma) ! Pas d’économies d’échelle non plus, ou si peu ! Et c’est bien normal : Meetic n’est pas un réseau, mais une place de marché. Je sais, pour certains je suis en train d’enfoncer une porte ouverte mais un pitit retour sur ces notions importantes ne fera de mal à personne.
En tant que place de marché, toute la valeur de Meetic est
la mise en place de conditions optimales pour les échanges, bref un
environnement concurrentiel « sain ». Un peu comme le législateur (l’Etat
par exemple) dans une vision plus macro, il s’agit de s’assurer qu’il n’y a pas
d’arnaques et donner aux acheteurs et aux vendeurs des outils pour
commercer entre eux. Ainsi, un effort de modération important est réalisé afin
d’éjecter les utilisateurs indésirables (typiquement un service de strip-tease déguisé
en une utilisatrice qui a justement les même centres d’intérêts que vous), le
moteur de recherche assure une mise en relation efficace entre les offreurs et
les demandeurs (et c’est bien ça qu’on demande à une place de marché), etc. .
De même, l’achat de Paypal par eBay relève de la même logique : un moyen
de paiement reconnu par tous et donnant une protection aux agents économiques,
comme la monnaie fiduciaire.
Allons un peu plus loin et comparons la stratégie de pricing de Meetic à une politique monétaire : afin de contrôler la demande (les utilisateurs masculins) et éviter une pénurie de femmes, le législateur va jouer sur les taux d’intérêt (ici le prix des services), rendant plus cher un investissement / achat (dans cette optique, on « achète » une femme à coup d’actions payantes, par exemple ma douce acquisition m’aura coûté que trois envois de photos par mails). Dans le cas spécifique de Meetic, notons quand même que ce dernier est passé depuis quelques temps déjà à un système de pur abonnement. Ça n’enlève pas grand-chose à cette idée de politique monétaire (on augmente tout simplement le prix de l’abonnement lorsqu’il y a trop d’hommes) mais on voit apparaître plusieurs places de marché sur le même site : les abonnés de base ne paient pas grand-chose mais disposent d’informations très opaques sur la marchandise, tandis que les utilisateurs premium sont assurés de ne pas se faire avoir sur l’article acheté…
Il est cependant possible, avec un peu d’imagination, de faire naître des externalités de réseau sur ce genre de site. Pour cela, l’action de chaque utilisateur doit impacter positivement sur la valeur globale du service. Tagger un profil, lui donner une note ou encore poster un commentaire, peut améliorer le système de mise en relation et donner des informations précieuse sur la qualité de la marchandise. Je n’ose penser à ce que cela donnerait sur Meetic (et je ne parle même pas de certains sites bien plus spécialisés)…
Bon, j’avais dit que je ferai court et je me rends compte que je me suis encore laissé emporter. Je vous conseille donc juste de jeter un coup d’œil sur ces présentations très bien faites de bubblegeneration qui vous donneront des tas d’explications sur les effets de réseau.
Comments
Déja un client, mais je suis en pleine propection de clients potentiels !
Mais quelle galére pour creer une entreprise au point de vue administrative ! !
dans ma boite, nous avions décidé de créer des comités pour traiter certains sujets internes (méthdologie, investissements, communication, etc.). Après quelques semaines, nous nous sommes rendus compte que ça ne correspondait pas à notre culture et à notre taille (trop rigide, on passait notre temps en réunion). Nous avons donc remplacé ça par des "gangs", beaucoup plus mobiles, flexibles, agressifs, en quête d'expansion de leurs territoires et avec leurs propres codes d'honneur...
Je suis d'accord avec vous pour dire que le roi de la rencontre fonctionne en effet souvent comme une place de marché, mais est-il pour autant dépourvu d'externalités de réseau ?
Je ne suis pas sûr que l'on puisse réduire les externalités de réseau à l'équation CA/nombre d'abonnés...
Pour moi, les externalités de réseau apparaissent quand une augmentation du nombre d'utilisateurs d'un produit, d'un service génère une plus grande utilité à chaque utilisateur de ce service. Et je crois que c'est le cas chez meetic !
Les utilisateurs préféreront toujours s'inscrire sur le site de rencontre comptant le plus de membres :
- soit parce qu'ils cherchent à trouver le/la partenaire idéal(e) : la probabilité de le/la trouver sera plus grande
- soit parce qu'ils souhaitent multiplier les partenaires : autant chasser là où le gibier est abondant...
Je pense qu'un bon indicateur des externalités de réseau chez meetic pourrait être la simple analyse de la progression du nombre d'abonnés dans le temps (et la comparaison de ce chiffre avec celui de ses concurrents sur la même période). Bien sûr, ces chiffres comporteraient de nombreux biais (politiques de prix, communication et publicité), mais à défaut d'autre chose, ils permettraient de mesurer l'attractivité d'une offre en fonction du nombre de personnes qui y souscrivent déjà...
Cela reste cependant strictement proportionnel au nombre d'utilisateurs. Alors que sur beaucoup de réseaux sociaux (avec lesquels nous comparions Meetic), le retour est exponentiel.Cela passe notamment par la production d'externalités lors des actions des utilisateurs.
En gros, pour Meetic, plus les utilisateurs sont nombreux, plus l'utilité du service augmente, et plus il draine de nouveaux adhérents. ça s'arrête là
Pour les autres réseaux, on a : plus les utilisateurs sont nombreux, plus l'utilité du service augmente et plus les adhérents utilisent le service, ce qui augmente aussi l'utilité de la plateforme (principe comparable aux services de P2P d'ailleurs).
Pour comparer ça avec un exemple classique d'externalité de réseau, c'est comme si plus on téléphonait, plus les conversations au téléphone devenaient intéressantes.
Je trouve l'idée de votre indicateur pertinent, avec les réserves que vous émettez. On pourrait sans doute raffiner en étudiant le nb d'utilisateurs cumulé, sur la durée, pour évaluer aussi la modification de la perception de la place de marché par les utilisateurs.