C'est bientôt Noël et comme chaque année, je vais travailler un peu ma bonne conscience et me renflouer le karma pour peu de frais... C'est ça, marrez-vous, mais faudra pas venir chialer quand vous vous réincarnerez en babouin (qui je le rappelle, est le pire des singes) ou en poule (en qui, je le rappelle, est l'animal le plus pourri qui existe).
Pour se faire, je poste ça:
et je vous dis que pour en savoir plus, faire une bonne action et se gaver de bandes dessinées pendant un mois, ben il faut aller ici.
Et faites passer le mot, bande de mauvais singes.
Devant le torrent d'hypothèses épicées de quelques conjonctures, l'enquêteur panique : pas de problème pour attendrir à coups de justice n'importe quel hard-boiled mal affranchi, mais la bande aux frangins Réflexions et Étaiements, ça, c'est une autre paire de manchettes. Et, pour le moment, sur l'affaire α., on nage dans le vague le plus complet. Pas le moindre petit suspect à mettre à table. Pas un indice qui ne rassure. Matriochkas diaboliques que sont les maigres éléments que α. a daigné nous laisser : avons-nous le malheur d'effleurer un mot, de considérer une question, d'aligner une nouvelle hypohèse que vingt nouveaux mystères surgissent de la brèche que nous pensions avoir creusé dans le mystère α.
α. nous amène a reconsidérer entièrement notre façon de penser. Notre homme maîtrise si bien les schémas de pensée occidentaux (n'a-t-il pas voyagé de par le monde ?) qu'il se joue de nous et nous enferme dans un piège logique préparé de longue date (30 ans, vous pensez s'il a eu le temps de réfléchir à son affaire le bougre). Si nous ne voulons pas tourner en rond, il nous faut rompre avec nos techniques aussi primitives que prévisibles. Il nous faut des éléments tangibles et il nous les faut tout de suite ! Débarrassons-nous de la déduction, cette vieille catin enjoleuse dont nos maîtres vantèrent tant les mérites mais qui, pour le moment, s'est contentée de voler notre temps sans aucune douceur en échange ! Sors de cette maison close qu'est mon esprit, Madame Dolores La Déduction, et n'oublie pas de nettoyer derrière toi. Je veux une chambre propre pour ta remplaçante : L'Elimination !
Et oui, j'ai décidé de travailler avec une Américaine. Et ça marche !
En procédant par Elimination donc, je peux d'ores et déjà vous affirmer deux choses :
1 - α. n'est en aucun cas un pirate ! Il n'est, en effet, nulle part fait mention du Golfe d'Aden ou de quelconques pays improbables. Par ailleurs, α. n'a pas été tué ni emprisonné, et ne semble pas prêt de connaître ce sort. Or, si j'en crois des sources sûres, tous les pirates et autres frères de la côte seront d'ici peu abattus ou embastillés, comme tous les rascals de leur espèce le méritent.
2 -α. est un gros ringard. Le métier de pirate est structurellement cool et en plus, il est salement à la mode en ce moment. Passe encore que M. α. se donne un petit style en écrivant des lettres manuscrites. Mais là, refuser l'air du temps à s'en étouffer, cela devient pathologique et, avouons-le, totalement plouc.
Continuons sur cette voie, passons en revue tout ce que
α. n'est pas, nous finirons par l'avoir.PS: vous ai-je dit que Mlle Elimination avait emmenagé avec son ami, le singulier Dr. Monomanie ?
Très bien, je vois que nous progressons dans
notre enquête. La personnalité d'αlain commence à se dévoiler devant nous.
Lentement, il est vrai. Disons plutôt qu'elle s'effeuille langoureusement, au
rythme d’un juke-box de campagne. Patience ! Encore quelques dollars dans le
slip et αlain sera notre chose ! Gros doutes quant à l’hypothèse de
synthèse 1/3 : Ce n’est pas parce qu’alain fait mine de se
livrer qu’il faut se répandre. La datation consensuelle est à l’enquête ce que
la synthèse socialiste est à la politique : un flasque aveu d’échec
maquillé par le sourire du désespoir. D’un autre côté, je reconnais quelque
pertinence à l’année 78. La nationalisation des compagnies pétrolières a
effectivement pu décider alain à partir pour
le land of opportunities and cheap gasoline. Dans tous les cas, force est de
constater que sa fibre écologique est un peu molle. Pas un mot sur la beauté
des paysages d’Ithaca (les chutes d’eau, la forêt, le lac), si ce n’est un
grincheux « y fait froid ». Non, αlain, il préfère rester
bien au chaud dans sa maison ou son hummer. La nature, il s’en fout comme de
son premier bidon de mercure. Hypothèse 6 : αlain fait pousser
des cornes à Janet. En relisant la lettre, je me suis aperçu qu’il s’agissait
d’un aveu aussi grossièrement déguisé qu’un drag-queen de province. C’est
surtout sensible dans le premier paragraphe : « Janet enseigne toujours, mais deux fois par semaine
seulement. Cela a au moins l'avantage de la sortir de la maison (qui était un
chantier ces derniers mois.) Nous resterons bien sagement à Ithaca pour
les vacances et les parents de Janet viendront probablement (bien que la mère
de Janet se soit brisé la cheville il y a quelques jours.) » De toute évidence, leur couple bat de
l’aile : - le ménage n’est pas fait (« un chantier ces derniers mois »). -
On ne va pas voir les grands-parents pour Noël, c’est à eux de
se déplacer s’ils veulent voir les gamins (on sent presque une pointe de regret
dans le concessif « bien que » qu’αlain aimerait sans
doute transformer en adversatif pour justifier que la belle-doche ne se
déplace pas : « vous n’allez pas venir alors que vous vous êtes
brisé la cheville il y a quelques jours ! »). -
L’activité professionnelle de sa femme ne semble l’intéresser
que dans une certaine mesure. Pas de précision sur la matière enseignée, sur
l’ambiance avec les collègues ou les élèves. αlain regrette
(« seulement ») que Janet ne soit pas plus souvent absente : le
seul « avantage » du boulot de sa femme n’est pas son épanouissement
personnel ou un salaire supplémentaire, non, non, c’est « au moins »
de la faire dégager de la maison. αlain ne considère
pas Janet comme une femme d’intérieur (elle ne passe pas le plumeau
apparemment) et à peine comme une femme active. Pas jaloux pour deux sous, il
est soulagé quand elle sort. -
Chose curieuse et remarquable : αlain met un point dans ses parenthèses. Alors que son
orthographe et sa grammaire sont irréprochables (ce qui n’est pas gagné avec
l’acculturation de l’expatrié), αlain commet à
plusieurs reprises une faute grossière. On peut supposer qu’il s’agit là
d’une déformation professionnelle. αlain est ou fut
militaire : son lit est au carré, sa coupe de cheveux aussi, le désordre
(donc sa femme) l’exaspère, rien ne doit traîner et surtout pas un point hors
de la parenthèse. La même observation peut se faire quant à l’absence de
post-scriptum : tout a été dit, un point final signifie que les affaires courantes ont été rangées par
l’écriture (serrée) et que la signature d’αlain est
définitive ; elle ne tolère pas la discussion (pas une seule question pour
avoir de mes nouvelles) et encore moins le fatras d’un mot qui dépasse. Plus
encore, on peut penser qu’il s’agit de bien cloisonner deux niveaux de
discours : d’un côté, les nouvelles publiques sur la météo, l’activité
professionnelle de sa femme, l’arrivée des grands-parents pour Noël, bref, tout
ce que les voisins peuvent apprendre sans même avoir à épier à travers les
volets ; de l’autre, entre parenthèses, les reproches qu’il fait en son for
intérieur à Janet, la bordélique, et à la marâtre qui trouve encore le moyen de
se pointer en claudiquant. Il le pense, l’écrit, mais il ne faut pas que tout
ceci lui échappe, qu’on l’entende. Une parenthèse n’est pas une garantie
d’insonorisation suffisante ; posons un double vitrage avec un point. -
Résumons : son couple bat de l’aile, il préfère quand sa
femme est absente et tient à séparer soigneusement sa vie familiale publique de son intimité. Allons un peut plus loin et remarquons une vague
culpabilité avec la mention à dieu : le Seigneur sait tout, même que
je n’ai pas mérité mon grade de lieutenant alors que je fais de bien vilaines
choses quand Janet a le dos tourné (« mais deux fois par semaine
seulement », comme pour minimiser la faute). À mots couverts, il
nous fait même part de sa débauche : « L'hiver New Yorkais après
s'être fait attendre, est arrivé avec violence - la neige bloque toutes les
routes - mais à cette époque le plaisir de la nouveauté est encore vif ! »
Personnellement, je rougis presque à la lecture de ces lignes… La métaphore est
pourtant sans équivoque : on apprend qu’αlainn souffre de
petits soucis d’impuissance (« après s’être fait attendre »)
vraisemblablement dus à une consommation excessive de stupéfiants (cette neige
qui bloque les routes artérielles) mais qu’il arrive tout de même à prendre son
pied ( « violence », « plaisir », « vif », point d’exclamation qui fait écho à
celui de la culpabilité du « dieu sait pourquoi ! »). Enfin, il
justifie son infidélité : ça change enfin du train-train avec Janet. Au
moins, l’autre fille – appelons-la Nouveauté – le dépayse un peu ! αlain, je suis très touché par la confiance que tu m’accordes et,
surtout, je ne te juge pas (dieu le fera !). Cela me fait seulement de la
peine pour Janet et tes enfants. Cette cheville brisée dont tu me parles, ne
serait-ce pas tout simplement une entorse à ta vie de famille ? Peut-être
faudrait-il en parler à des professionnels avant que Janet, sur un doute, ne le
fasse…
Bien, à nous trois M. α ! Voyons si votre brouillard de mystère est aussi épais que vous le prétendez ou s'il ne s'agit que d'une légère brume de perplexité... Aha ! Ma fidélité sans faille à "Faites entrer l'accusé" paie enfin !
11.09.08
Synthèse des hypothèses 1 et 3 : Faire dater la lettre de 1954 me paraît douteux. En effet, on voit bien dans le document ci-joint que l'année 1954 n'eut rien d'exceptionnel en termes de chutes de neige.
Je joue donc la carte du conscensus : à mi-chemin entre 1954 et 2003, il y a 1978. Je ne pense pas que les événements dont parle αlain soient l'explosion du Punk-Rock et le gâchis d'une génération qui suivit. L'Algérie fut en effet épargnée par ce fléau. En revanche, la nationalisation de 5 compagnies pétrolières françaises le 21 janvier de cette année a de quoi inquiéter notre homme (même si le web ne l'intéresse pas, l'homme de la rue se précoccupe toujours de la consommation de sa grosse cylindrée américaine). Par ailleurs, la situation géopolitique au Proche-Orient était aussi enviable qu'aujourd'hui : la guerre au Liban débute et αlain a bien raison de ne voir dans les accords de Camp David qu'un écran de fumée Yankee. Les dons de visionnaires d'αlain sont donc avérés.
Hypothèse 4 : αlain est un gros fainéant. Tout comme le reste de sa "nombreuse famille". Vincent le faisait remarquer au 10/09/08 (bon sang, déjà 3 jours que cette enquête dure, j'ai les nerfs en pelote), sa promotion au rang de Lieutenant est inexplicable. Il prend, en effet, largement le temps de rénover sa maison ("qui était un chantier ces derniers mois") et ne se refuse pas quelques vacances avec sa belle-famille; mais pas trop loin, l'aventure n'étant pas trop son truc, merci bien. Quant à Janet, elle ne vaut guère mieux : seules les exigences professionnelles peuvent lui faire troquer son jogging d'intérieur contre un petit tailleur un peu strict et la faire sortir de sa tanière (qui, rappelons le, est un vrai capharnaüm; l'excuse de la femme au foyer ne tient pas une seconde) . Mais attention, le grand air et l'activité pourraient nous la tuer la Janet. La posologie est donc limitée à deux fois par semaine. Quant au reste de la famille, elle ne daigne même pas signer la carte. Non, c'est αlain qui le fait pour eux. C'est pourtant pas très compliqué bon sang. On l'a tous fait à Noël ou pour les pots de départ des collègues : glisser une petite signature à côté d'un mot creux et optionnel ne fera aucun mal à votre poil de main.
Hypothèse 5 : Comme tous les gros fainéants, αlain se gave du système.Tout en se planquant tranquillement à Ithaca, il continue de toucher sa solde de l'armée (solde qui vient de prendre du galon, le scandale est assez énorme pour que cela soit répété). Bien entendu, αlain détient une famille nombreuse et la carte qui va avec. Je ne pense pas que cela lui serve beaucoup dans le réseau de transports ithaquiste, mais c'est à ce genre d'économie de bouts de chandelles que l'on reconnait les vrais radins. De même, on remarquera que la lettre n'était pas timbrée (pourquoi claquer un honnête dollars dans une lettre alors que l'on pourrait l'utiliser pour aller jouer au bingo ?) et qu'il ne se fatigue pas trop pour rendre ses propos plus explicites.
Aujourd'hui, c'est mon anniversaire. Hier, j'ai donc ramassé un objet laissé à terre. Je mettais seulement en pratique ce que m'avait soufflé Ghérasim Luca. En acceptant de prendre ce que le hasard mettait à mes pieds, je me faisais un cadeau. Je l'ai trouvée un peu à l'écart du marché aux puces, même un peu en marge des biffins. C'était une lettre manuscrite, dont je n'ai que le dernier feuillet. Je me suis donc offert un lambeau d'intimité que je vous sers :
09.09.2008
Hypothèse 1 : il me paraît désormais évident que cette lettre est plus vieille que nous le pensions. Tout d'abord, Monsieur A. (on l'appellera ainsi tant que nous n'aurons pas validé que son nom est bien Alain) écrit une lettre papier ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Il n'a pas envoyé de mail, comme tout le monde. Chose d'autant plus étrange qu'il se trouve aux US, dans une ville universitaire. Par ailleurs, "ça" (qui nous dit qu'il s'agit vraiment d'un homme ?) parle d'un hiver violent. Or, l'hiver dernier était très doux à Ithaca : il faut remonter jusqu'en 2003 pour observer des chutes de neige supérieures aux normales saisonnières.
Cette date de 2003 semble coller avec les événements algériens que "α" mentionne : d'une personne qui communique par lettre manuscrite, on peut s'attendre qu'elle parle encore en décembre d'un événement survenu en mai.
Hypothèse 2 : nous ne pouvons pas écarter immédiatement la piste ésotérique. Si la lettre a bien été écrite fin 2003, comment pouvait-il prévoir l'arrivée de Vincent à Ithaca et surtout son retour à Paris (j'avais personnellement parié 50€ sur le fait qu'il se paume en chemin) ? Plusieurs éléments trahissent grossièrement la présence de forces paranormales dans cette histoire. Tout d'abord, cette Janet qui enseigne toujours. Ou devrais-je plutôt dire "Jah-Net qui prophétise pour l'éternité"? La piste africaine est confirmée, l'Ethiopie et l'Algérie ayant une longue histoire commune. On ne me fera par ailleurs pas croire que cette fine écriture n'est pas le fruit d'un exercice d'écriture automatique. Attention cependant,α n'est, selon toute vraisemblance, pas adepte de la magie blanche : remarquez le "d" minuscule à "dieu" ! On parle de papier très fin, mais ne devrions-nous pas l'appeler par son vrai nom, papier bible ?! α est un adorateur du malin et tente, par cette missive, de nous entraîner habilement dans sa chute. Il crache à la face du Très Haut, mais cela finira par lui retomber dessus.
Ce soir-là, la radio matraqua. Vers 22 heures, la nouvelle sortit : Ingrid Betancourt avait été libérée. Ce ne fut pas un coup de tonnerre, mais un coup de feu. Tous étaient dans les starting-blocks et le sprint commença. Déclarations, témoignages, réjouissances, remerciements et ressassements des moindres détails se chevauchèrent. La couverture médiatique était parfaitement maillée pour accueillir cette surprise. Les éditions spéciales s’apparentaient à la rubrique nécrologique des célébrités : la libération comme la mort sont imprévisibles, on sait seulement qu’elles adviendront un jour et, qu’il s’agisse d’Ingrid Betancourt ou de Pascal Sevran, tout le monde (i.e. journalistes, politiques, auditeurs) doit s’y préparer. Dès que la nouvelle tombe comme un cadavre, il faut la couvrir au plus vite, y remettre quelques épaisseurs. La libération signifie alors moins une délivrance (des Farc ou de la vie terrestre) que le lâchage médiatique d’une bête pour la chasse à courre. Néanmoins, cette imprédictibilité n’est pas le seul attribut que la libération d’Ingrid Betancourt partage avec la mort. Toutes deux échappent aux explications.
En effet, dans chaque cas, le discours se heurte à une part substantielle d’indicible. Si on veut vraiment en parler, on fait dans la métaphysique, la religion et les commémorations télévisées. Comme souvent lors de la disparition – ou pire encore, la résurrection – d’un être cher, l’émotion étouffe toute discussion. Ainsi, moins d’une heure après la détonation, Mélanie Betancourt déclarait : « Avec ma famille, on manque de mots. » C’est bien légitime. Ne faisons donc pas de mauvais esprit devant le spectacle d’une famille réunie. La décence, ou une autre instance, le commande. Ce mot d’ordre a instantanément circulé : le consensus est de rigueur car on manque de mots.
Ainsi, le monceau d’articles, de commentaires et de déclarations ne cherchèrent pas à gâcher l’émotion par un mauvais goût discursif. Ces mots auraient mis un terme à la bienheureuse unanimité. Toute réflexion aurait été déplacée ; toute prise de recul aurait été une mise à l’écart de la communauté sentimentale, cette « douce France » qu’Ingrid Betancourt se languit de revoir. Pierre Moscovici le disait dès 22h30 sur France Info : la récupération politique serait inadmissible, on ne peut injecter un débat dans cette libération. La félicité est étrangère aux querelles ; et la France entière de reprendre en chœur. À les croire, il faut non pas évacuer, mais continuer à séparer Ingrid Betancourt du débat politique, voire de tout débat. Que viendrait faire la blanche colombe avec les crapauds critiques ? Ingrid Betancourt, candidate à la présidence colombienne, n’a pas été retenue en otage par une guérilla d’origine marxiste ; elle était prisonnière. La pugnacité gouvernementale n’a pas été aiguillonnée par l’influence de sa famille en Colombie ou son amitié avec un premier Ministre ; Ingrid est libre et son nom est parfois même éludé pour éviter une fâcheuse confusion homonymique avec l'une des plus riches familles de France. L’apolitisme de cette libération se traduit par une absence de conflit. La guérilla qui serait le seul élément belliciste n’a plus lieu d’être. La libération d’Ingrid s’est déroulée sans heurt ni violence et Nicolas Sarkozy appelle désormais les Farc à cesser « leur combat absurde ». Le mot est lancé : le conflit n’a ici aucun sens.
Si aucune objection n’est permise, que dire alors ? Chacun se congratule, se remercie et les mots sont utilisés de manière conciliante, c'est-à-dire absolue et tautologique. Le conflit ne peut naître que si une relation existe. Dès lors, pour éviter une quelconque discordance entre les mots, il suffit de les employer de manière intransitive. « Ingrid Betancourt a été libérée par les Farc », cela pouvait encore prêter à débat. « Ingrid est libre », voilà qui sonne plus harmonieux. C’est simple et tout le monde peut le chanter. Le substantif « Liberté » et ses dérivés sont sans aucun doute les mots qui composent le refrain de ce cantique mélodieux. Noël Mamère a donné le ton quand il déclarait que cet événement était avant tout « une victoire pour la liberté ». Liberté de qui ? par qui ? pourquoi ? à quelles fins ? Questions grossières que celles-ci ! La liberté est un concept qui ne s’abaisse pas à la pratique. Elle est éthérée et n’a pas besoin d’être définie. Chacun peut la reconnaître : c’est la même qui orne notre calicot tricolore, là-haut, sur le mur. Une variante de cet accord linguistique est, bien entendu, la tautologie. Je ne m’y attarderai pas, d’autres l’ont déjà fait. Il suffit de noter que, pour désigner –et désamorcer – l’opération militaire qui a conduit à la libération, le Président Alvaro Uribe parle d’une « épopée épique ». On vous l’a dit, on manque de mots.
De toutes manières, à quoi serviraient-ils, ces mots ? Il n’y a pas à discuter car il n’y a rien à discuter. La dissertation est un exercice de professeurs syndiqués, de journalistes sectaires. Cette mauvaise habitude est appelée à disparaître, sans tambours, ni trompettes, ni publicités. Ingrid ne prête pas à débat ; elle n’est pas une personnalité politique, c’est à peine si elle est une personne. Durant sa détention, elle s’est transformée en image plane. Accolée à de nombreuses mairies françaises (en haut, à côté du mot « liberté »), elle s’apparentait à l’image d’un proche disparu. Cette photo avait perdu sa fonction première (la campagne électorale) et, par un cadrage assez rapproché, aurait très bien pu figurer sur une table de nuit ou un album de famille. Le noir et blanc, la pose de mélancolie connotent le passé. Néanmoins, contrairement à la gravure de Dürer, elle nous regarde de face, avec un léger sourire. Celle que l’on appelle Ingrid (après 6 ans de voisinage, vous pensez bien) ne nous adresse pas un reproche ; elle figure une nostalgie. Plus exactement, elle figurait. Elle était devenue, par sa présence photographique, un « ça-a-été » qui était à l’abri de l’actualité et de ses chamailleries. Comme pour les parents décédés, son image conjurait la disparition. Inversement, lorsque d’autres photographies, plus actuelles, d’une Ingrid vivante nous sont parvenues, on l’a crue mourante et le débat s’est mis à enfler. Le retour définitif à la vie et vers la France provoquera-t-il la discorde ? On a vu que les voix s’harmonisaient pour rapatrier un consensus. Ce n’est pas Ingrid Betancourt qui a été délivrée ; il s’agit ici de la libération d’une image. D’ici quelques jours, on décrochera le panneau de l’Hôtel de ville et les Parisiens rassemblés applaudiront, aussi satisfaits que si la France avait remporté la Coupe d’Europe. Ensuite, les vacances.
Tiens, l'autre jour je suis tombé sur ça. Vous avez quelques pouillèmes d'attention à m'allouer ? et bien jetez un œil sur ce lien et en particulier la section "lab".
Cela nous renvoie tout bonnement à la gestion de l'attention et aux diverses techniques déployées par un "consommateur d'attention" (qui sont tous les producteurs d'informations) pour capter ou optimiser la précieuse matière éthérée du spectateur.
On peut bien évidemment travailler sur la séle
On peut tenter de définir un utilisateur en fonction de ses centres d'intérêts : je suis par ce qui m'intéresse, et ce qui m'intéresse est ce que je fais.
Ou bien, on peut faire comme LaForme, est allier forme&fond, faire passer un maximum d'informations par différents canaux sensoriels, etc.
Messieurs les designers, artistes et autres communicants de tous poils, vous êtes les consultants de demain. Préparez vous à optimiser des supply chains de l'information en veux-tu en voilà.
Toi le jeune étudiant en sémiologie, remplis-nous de sens un produit ou un service.
Et toi, là-bas, le doctorant en littérature, prends mon entreprise et fais m'en une belle histoire , que clients, journalistes, employés vont écouter et intégrer.
Quoi! ? Vous souriez ? Ce ne serait pas la première fois que je me plante ou que je mens de façon gratuite, certes. Mais lui ou lui, c'est plus rare en revanche...
Ce matin, la radio m’informa. Elle me dit que, dans la « dramatique tragédie d’Allinges », l’enquête s’orientait vers la piste d’un 4x4 qui aurait gêné le conducteur du bus et, par conséquent, provoqué l’accident. Je n’étais ni derrière le volant et encore moins derrière la loupe du détective. « Laissons donc l’enquête suivre son cours et la justice faire son travail ! », dira-t-on. À vos ordres. Et pourtant, en entendant la nouvelle, je n’ai pu réprimer sous ma douche un « Ah, ça ! ça ne m’étonne pas ! » La piste du 4x4, dans les brumes matinales, m’apparut toute tracée, comme la confirmation d’une mauvaise pensée que je n’osais formuler depuis longtemps : ces pachydermes sont lents, un peu demeurés et carrément assassins.
Douche froide et dents brossées, je reprends mes esprits. Pourquoi livrer avec diligence le 4x4 à la vindicte ? Celui-ci est un véhicule d’animosité ; il arpente les routes comme un roi paria, les coffres chargés de notre hostilité. Le 4x4, c’est un peu le Chinois du bitume : on le moque à tout propos dans une galerie de sourires entendus, on l’accuse de tous les maux dans la bêtise d’une complicité générale. Il entraîne derrière lui un mépris mêlé de crainte. Ces sentiments sont d’autant plus prégnants qu’il sont injustifiables et que le mépris devrait frapper celui qui se permet de tels amalgames. Dédain et peur du dédain : voici ce qu’inspire le 4x4. On tente, puisqu’on n’est pas des bêtes, de raisonner ce mépris. Il n’est alors pas question de quitter la stupide arrogance, mais bien de lui donner des raisons.
Le plus simple est de retourner l’accusation. C’est l’argument du bac à sable (« C’est lui qu’a commencé ! ») qui connaît au cours de l’existence d’infinies variations (« T’as vu comment il/elle m’a regardé(e) ? », « Ils sont plus racistes que nous ! », « l’Irak va nous attaquer ! »). Nous ne méprisons donc pas le 4x4 ; il nous blesse par sa hauteur. Ce mastodonte de la route témoigne d’une telle morgue qu’il pourrait, sans sourciller du capot, nous écraser avec nos petits. Le crachat qu’on dépose sur sa vitre est ainsi vite pardonné ; c’est la compensation du faible contre le fort : faisons preuve d’indulgence pour le vermisseau qui snobe une étoile.
Son arrogance suinte de tous ses pores, de tous ses pots ; elle se reflète dans la carrosserie. En effet, une épaisse couche de métal l’isole du monde. On ne peut atteindre le 4x4. Son intérieur nous est souvent défendu par des vitres teintées. Ce tacot se prend pour la Cité interdite. Par ailleurs, il se vautre dans un superbe isolement par sa fonctionnalité ou plutôt par son inutilité. Qui, à notre époque de route goudronnée et de souveraine DDE, aurait besoin de quatre roues motrices pour traverser notre belle France ? Un étranger, sans aucun doute. Un barbare, bien entendu. Ce véhicule n’est plus adapté au XXIe siècle, maintenant que la nature n’est plus ennemie, mais qu’elle est domptée et implore grâce. Il n’y a plus de ravins à franchir, de pétrole à consommer et d’air à polluer. Cette guimbarde, sous un aspect des plus modernes, n’appartient pas à notre civilisation. Au mieux, elle apparaît comme un anachronisme vrombissant, souvenir d’un temps où la nature n’était pas encore rationalisée et rationnée. Les sols n’étaient alors pas avares en carburant et l’air pur ne faisait pas plus défaut que les places de parking. Bref, le 4x4 est la charrette d’un Âge d’or sauvage et sa circulation insulte les inquiétudes de la société moderne : « Chasse au gaspis ! Mort au pollueur ! Non, mais vous vous croyez où et quand ? »
Au pire, cette conquérante du bitume n’est autre chose qu’une machine de guerre. Son utilisation militaire lui reste associée ; ce ne sont pas les efforts des graphistes et autres perfides designers qui pourront travestir le char de Mars en inoffensive automobile. Le 4x4 descend du tank, comme en témoignent ses traits brutaux. Porsche a beau tenter de lui rendre une dignité en arrondissant son châssis, ce polissage masque mal une trahison : la marque de la belle sportive se prostitue, cette garce se vend à l’étranger, elle subit les influences des marchés orientaux. De toute manière, elle s’empâte, elle perd ce qui avait fait l’élégance et la noblesse de nos automobiles. Ah, elle est belle, cette fille à soldats ! Car le 4x4 est soit une collabo soit une invasion étrangère. Il n’a rien à faire dans nos villes et, quand il descend les Champs-Élysées, ce char d’assaut puant nous déclare la guerre.
Anachronisme à roulettes ou fils de panzer, le 4x4 cherche notre animosité parce qu’il est en rupture avec son environnement, c'est-à-dire que nous lui refusons une utilité concrète. Nous lui trouvons alors des justifications imaginaires et ridicules. Les transporteurs routiers, les chauffeurs de bus, les éboueurs ont bien des raisons pour nous bloquer la route, mais le 4x4 ? Cette grosse voiture doit sans doute compenser autre chose, ricane-t-on. Oui, le conducteur veut sûrement montrer qu’il en a dans le capot. Cette exhibition est aussi grotesque qu’obscène, glapissent les conducteurs de Smart. Et le 4x4 passe, impavide. Il finit par cristalliser les haines non seulement parce qu’il n’est pas ici, chez nous, à sa place, mais parce qu’il ne s’en cache pas. Plutôt que de faire profil bas, sa taille, son bruit, mais aussi son nom font injure à la bienséante discrétion. Le [katkat], autrement dit, l’agressivité d’une occlusive vélaire [k] et d’une occlusive dentale [t], sertie de l’arrogance d’une voyelle ouverte, le tout répété. Cela sonne ainsi : je te marche sur les pieds avec dédain. Et je recommence.
Pas de doute, ils se croient comme chez eux, ils ne se gênent même plus. On verra prochainement des hordes de vélib’ (silencieux, propres, fins, bien de chez nous) s’attaquer à ces brutes et venger nos belles routes de France, souillées par ces porcs. Ah, on effacera le sourire stupide de leur calandre ! Ils vont connaître le courroux de l’usager du métro, des faisceaux de combat 2CV ! Bientôt viendra le jour où le dernier 4x4 aura ravalé sa morgue sous son capot et partira le pare-choc entre les roues ! À ce moment, et à ce moment-là seulement, nous pourrons nous occuper des jeeps !
Un exemple un peu plus sexy d'innovation de valeur : Nintendo. A noter qu'il s'agit, à ma connaissance, de la seule entreprise de taille mondiale qui se réclame directement de la Blue Ocean Strategy. Un beau coup de pub pour Chan Kim et Mauborgne !
Ce post en trois lignes : Nintendo, pourtant sur un marché porteur, ne peut plus tenir le rythme que la concurrence lui impose. La firme japonaise change des règles concurrentielles en sa faveur, explore de nouveaux territoires dans le domaine du jeu vidéo (et surtout vierge de toute concurrence) et abandonne Sony et Microsoft à leur course à l'armement
Une démonstration éclair :
- Nintendo ne peut plus suivre dans la surenchère en R&D et en production à laquelle les acteurs du marché de la console de salon s'étaient habitués, en particulier face à des mastodontes du type Sony et MS
- Nintendo tente de travailler sur des sujets jusqu'ici inexplorés par l'industrie (polysensorialité, segments de marché "casual", "attachement" vis-à-vis de sa console,...) et délaisse les prouesses technologiques hors de prix
- Les règles de l'industrie changent radicalement : de nouveaux types de joueurs arrivent sur le marché, les prix de production des jeux baissent suffisamment pour inciter à prendre des risques et faire preuve de créativité,...
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Plus récemment, la stratégie adoptée par le constructeur de consoles et éditeurs de jeux vidéos Nintendo nous prouve qu’il est possible de transformer le fonctionnement d’un secteur à son avantage. Ancien leader incontesté de la console de salon, Nintendo se trouvait, en 2003, dans une situation difficile. L’entrée en 1994-95 de Sony puis en 2002 de Microsoft sur le marché de la console de jeux a, en effet, abouti à une dynamique largement défavorable à Nintendo : la surenchère technique ! Ce type de concurrence n’était cependant pas une nouveauté pour Nintendo qui devait déjà faire face à la Master System (8 bits) et autre Megadrive (16 bits) de son principal rival Sega. Mais, jusqu’à présent, il s’agissait d’adversaires de taille raisonnable et possédant des ressources comparables à celles de Nintendo. Dotés de budget R&D colossaux[1], à répartir sur une gamme de produits très larges, Sony et Microsoft ont accéléré le rythme de la course technologique et ont lancé régulièrement des machines présentant des performances impressionnantes (cf. figure 6). Dans un premier temps, Sega et Nintendo ont tenté de battre les deux géants sur leur terrain et ont répliqué en lançant la Saturn (Sega 1994), la Nintendo 64 (1996), la Dreamcast (Sega 1998) et la Game Cube (Nintendo 2001) ; Autant de noms pour des échecs relatifs face à l’explosion de la PlayStation (100 millions d’unités vendue entre 1994 et 2006) et de la PlayStation 2 (un million d’unités vendues dans le quarante-huit heures suivant sa sortie). Cette hausse spectaculaire des performances techniques des consoles n’a cependant pas fait qu’augmenter les seuls budgets R&D des constructeurs : les coûts de développement des logiciels se sont envolés. Dans les années 1990, un jeu destiné à une console de salon coûtait environ 200 000 dollars, tandis qu’on estime à 40 millions de dollars le budget de développement de Halo 2 sur Xbox (2004)[2]. Des machines plus sophistiquées requièrent, en effet, de plus grandes équipes de programmeurs expérimentés, ressource relativement rare dont le prix a fort logiquement augmenté (cf. figure 7). Cette augmentation des coûts de développement a conduit les éditeurs de logiciels à prendre moins de risque, en favorisant les consoles avec une forte base installée et en axant leurs créations sur des jeux stéréotypés mais qui ont déjà fait leurs preuves (suite ou inspiration de jeux à succès, adaptation de film, etc.). Les éditeurs favorisent donc les machines de Sony, qui dispose d’une base installée record et détient les droits d’adaptation de nombreux films via Sony Pictures, et de Microsoft, qui apporte un support technique important aux développeurs, et reversent ainsi des royalties importantes aux deux géants. L’arrivée annoncée en 2005 de la Sony PSP sur le segment de la console portable, dernier bastion tenu par Nintendo, semblait sonner la fin de la partie pour l’acteur historique.
Face à cette situation, la plupart des analystes prédisait la sortie prochaine de Nintendo de l’activité de construction de consoles pour se cantonner au simple rôle de développeur / éditeur, comme l’avait fait Sega en 2001. La firme au plombier moustachu Mario a pourtant refusé cet état de fait et s’est lancée, à partir de 2004, dans une stratégie ouvertement nommée « blue ocean ». Celle-ci s’est concrétisée par les lancement réussis de la Nintendo DS en 2005 et de la Wii en 2006, deux consoles qui remettent en cause de nombreuses règles que l’on prenait pour immuables. Nintendo a ainsi décidé de faire porter la concurrence sur d’autres domaines que les pures performances techniques et à abandonner les clients cibles classiques.
Dans l’impossibilité de tenir la cadence de la course technologique menée par Sony et Microsoft, Nintendo a pris le parti de se laisser surclasser en termes de performances techniques et de concentrer ses efforts sur la créativité et l’interactivité de ses consoles. Ainsi, la DS est une console portable dotée de deux écrans, dont un tactile, d’un micro et d’une connexion wifi. Cet équipement a permis l’exploration de domaines totalement nouveaux dans le jeu vidéo grand public, avec la sortie de jeux tels que Project Rub, où l'on relève des défis en criant, soufflant ou grattant l'écran, ou Pac-Pix, dans lequel on dessine à l’aide d’un stylet le personnage Pacman afin de lui faire avaler des fantômes. De même, la Wii présente des caractéristiques techniques inférieures à ses principales concurrentes (cf. figure 8). Elle n’accepte pas le format HDTV (télévision haute définition) mais se distingue par un contrôleur qui ressemble à une télécommande simplifiée. Des détecteurs de mouvements traduisent les déplacements de la télécommande en actions, ce qui permet à l’utilisateur de « vraiment » jouer au golf, pêcher, boxer ou se battre au sabre. La puissance du microprocesseur qui équipe la console ou les performances graphiques ne sont désormais plus des critères pertinents de comparaison : La créativité et l’expérience vécue par l’utilisateur reviennent au centre des préoccupations des constructeurs et développeurs. Conséquence de l’architecture très simple de la Wii, les coûts de développement des logiciels pour ce support sont largement inférieurs à ceux requis pour les consoles Sony et Microsoft : entre 10 et 15 millions d’euros pour la dernière machine de Nintendo contre environ 40 millions pour chaque jeu destiné à la XBox360. Les éditeurs sont ainsi incités à suivre Nintendo, prendre des risques et lancer des jeux fortement innovants.
Plutôt que de s’adresser aux consommateurs classiques, Nintendo s’est, par ailleurs, intéressé à ceux qui ne jouaient jamais, ou rarement, aux jeux vidéos. Le constructeur a donc cessé de se concentrer sur les adolescents, jeunes adultes mâles et autres « hard core gamers » pour se focaliser sur des populations jusqu’ici ignorées par les acteurs de ce marché : jeunes femmes, adultes, seniors,… Satoru Iwata[3], Président de Nintendo, souligne qu’en concevant des produits pour les joueurs sans tenir compte des non-joueurs, les acteurs du secteur se ferment des débouchés. « Ce qui attire les joueurs invétérés peut provoquer chez d’autres une aversion pour les jeux », rappelle-t-il. On peut, en effet, comprendre qu’un néophyte se sente désorienté lorsqu’on lui met entre les mains un contrôleur Playstation, qui ne compte pas moins de 14 boutons et deux manettes multidirectionnelles. Des jeux comme Nintendogs, où le joueur promène, dresse et caresse (via l’écran tactile) un chien virtuel, et la déclinaison de la DS comme un accessoire de mode (différentes couleurs au choix) ont permis de séduire la gente féminine. Le jeu d’entraînement cérébral Brain Age a, de la même façon, attiré sur le marché du jeu vidéo des populations plus âgées, soucieuses de se prémunir contre les effets du vieillissement intellectuel. Les nostalgiques de jeux vidéos des années 1980 ont, quant à eux, pu renouer avec leur adolescence avec la Wii, pour laquelle des anciens jeux du catalogue Nintendo, Sega et Nec seront disponibles. L’entreprise japonaise fait ainsi passer les clients d’un comportement d’achat très rationnel (comparaison de performances techniques) à un comportement régi par l’émotionnel et les sentiments (positionnement de la DS comme un objet personnel presque intime, attachement à son chien virtuel, nostalgie des jeux vidéos, crainte de la perte de mémoire,…). Le succès de la DS (plus de 10 millions d’unités vendues dans le monde en un an) et de la Wii (environ 1,5 millions d’unités vendues le premier mois) illustre notre propos sur les stratégies d’innovation de valeur. Une entreprise peut refuser de continuer à jouer à un jeu auquel elle n’a aucune chance de gagner et définir, pour l’ensemble du marché, de nouvelles règles. Contrairement à ce qu’aurait voulu une analyse classique de l’industrie, Nintendo n’a pas fui son activité d’origine et a refusé de se soumettre à la logique qui y prévalait.
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Salaires annuels moyens bruts dans le secteur des jeux vidéos aux Etats-Unis |
2004 |
2005 |
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Game producer senior |
$150,000 |
$175,000
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Game designer senior |
$130,000
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$150,000
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Programmeur senior (physique) |
$110,000
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$120,000
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Programmeur senior (Intelligence artificielle) |
$100,000 |
$110,000 |
Sources : Business 2.0
Figure 7
La pénurie relative de main d’œuvre qualifiée, engendrée par l’accroissement rapide des performances techniques des consoles, pousse les salaires à la hausse
En partant d’une proposition très simple (redéfinir les règles du jeu à son avantage), la stratégie d’innovation de valeur propose de revoir de nombreuses problématiques du management : proposition de valeur, FCS, maturité du marché, ressources et compétences, etc. La complexité d’une telle stratégie apparaît alors double : le gestionnaire doit réévaluer la majorité de ses connaissances managériales sans pour autant pouvoir identifier clairement la première étape de ce que serait une stratégie d’innovation.
[1] A titre de comparaison, en 2006, le budget R&D de Sony Corporation dépassait le chiffre d’affaires global de Nintendo
[2] Estimations Prudential Equity Group, « Entertainment Software Industry Overview », Juin 2005
[3] « Playing a different game, Does Nintendo's radical new strategy represent the future of gaming? », in The Economist, 26 octobre 2006
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on Affaire α : enfin des certitudes !